Shiroi Kuren Ryu Taikyokuken à Ramatuelle. Do-in sur la presqu'île de Saint-Tropez. Katsugen-undo
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Le Krama-Mahārtha |
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« Krama et les autres systèmes Comme le " courant " des Yoginī-melāpa, le Krama s'intéresse aux siddha (dont Goraksa donne une classification, comm. śl. 38) et aux yoginī, leurs répliques féminines, ainsi qu'aux grands banquets où ils se réunissaient, les mahāmelāpa. En commun avec le Kula, il accorde une importance primordiale au principe féminin, śakti ; les femmes jouent un rôle dans la vie spirituelle, puisque des ouvrages consacrés à la lignée des maîtres indiquent également le nom de leurs dūtī. C'est encore à des yoginī que Śivānandanātha transmit d'abord son enseignement, et celles-ci à leur tour initièrent des disciples qui répandirent la doctrine la doctrine Krama. Maheśvarānanda lui-même fut initié en rêve par une yoginī (cf. ici p. 63). Le Krama s'éloigne à bien des points de vue du système Pratyabhijñā. Contrairement à ce dernier qui fait une large part aux spéculations métaphysiques, basées il est vrai, sur une expérience mystique, le Krama-Mahārtha se borne à la pratique (d'après les rares textes qui nous restent). Ces écoles diffèrent aussi par leur méthode d'approche : la première se situe d'emblée dans la Réalité et descend de niveau en niveau, le degré inférieur tirant son efficience et son intelligibilité du degré supérieur dont il est la manifestation. Elle adopte une même méthode dans ses explications philosophiques et dans la pratique ; il s'ensuit que le partisan de cette école se laisse porter par la grâce et n'a jamais d'effort à fournir. L'école Krama obéit par contre à un dynamisme ascentionnel, et si son partisan fait appel à l'effort, ce n'est pas à un effort systématique tel que l'entend un Goraksanātha (adepte du Hathayoga) ; elle utilise l'énergie d'une manière spontanée et en obéissant aux tendances innées et naturelles (sahāja). Śivānandanātha nous paraît être un des premiers propagateurs du courant sahāja qui devait déferler plus tard sur l'Inde. On retrouve cette spontanéité à tous les niveaux du système : dans le mouvement de la roue des énergies, dans celui des centres de la kundalinī, les cakra se mouvant sans aucun effort dès qu'on développe la pure conscience au cours du samādhi. On constate le même souci de spontanéité dans l'attitude kramamudrā dont le mouvement s'effectue de lui-même, ainsi que dans la manière naturelle d'intensifier l'énergie par l'initiation sexuelle ou les pratiques kramacaryā (nous confronterons le Krama et le Bouddhisme Mahāyāna dans un autre ouvrage ; mentionnons, entre autres, une conception analogue du discontinu et de l'instantanéité, un brusque changement de perspective ou révolution du support (āśrayaparāvrtti) des Yogācāra qui correspond au kaléidoscope taureau-éléphant du Krama (śl. 28) et conduit à l'équation samsāra = nirvāna de Nāgārajuna ; cf. des similitudes dans leurs théories de la vacuité et de mahākāla, la Roue du temps). Maheśvarānanda expose, à partir du śloka 34, divers aspects du système Krama : il insiste sur l'énergie universelle, Kālasamkarsinī, sur les trois yeux de Śiva et surtout sur la classification par pendades, carctéristique de l'école : cinq courants, cinq roues, cinq types de siddha, le tout compris à l'intérieur de la roue totale (vrndacakra), la plus importante des roues du Mahārtha-Krama (M. M. p. 194). Il dégage aussi nettement un trait essentiel du système Krama qui remonte probablement à son fondateur, Śivānandanātha : une analyse fine et subtile qui décompose en éléments discontinus aussi bien les énergies apparemment ininterrompues, que le mouvement, la purification des vikalpa, ou n'importe quelle sensation, en vue d'atteindre la conscience du Soi. |
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Système Krama-Mahārtha D'après le titre de deux de ses ouvrages, la Mahārthamañjarī et le Mahārthodara, et de nombreuses allusions qu'il fait dans son commentaire, Maheśvarānanda appartenait à l'école mystique Mahārthadarśana nommée encore Mahānaya, Kālīnaya, Devīnaya, Atinaya, Atimārga et Krama ; ce dernier, étant originaire du Kaśmīr (Uttarapītha), est connu aussi sous le nom de Auttarāmnāya (p. 6 et 196). Maheśvarānanda dit d'ailleurs expressément dans la Mahārthamañjarī que le système Mahārtha qu'il explique ne diffère guère du Trikadarśana (p. 195). Mahārtha, sens absolu, désigne la Réalité qui n'admet aucune distinction entre supérieur et inférieur ; par contre, paramārtha signifie transcendant — par rapport à un état inférieur. D'après une tradition rapportée par Goraksa (p. 196), Śiva révéla la doctrine Krama à Bhairavī ou Icchāśakti, la Déesse-énergie sous forme de volonté (p. 90 l. 1). Celle-ci la transmit à Śivānandanātha, appelé aussi Avatārakanātha et Goraksa — auteur du Śrī Kālikāstotra, le seul de ses ouvrages qui nous soit parvenu. Goraksa vivait au Kaśmir (p. 193) probablement à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle (cf. ' Abhinavagupta ', du Dr. K. C. Pandey, p. 466) ; un de ses disciples éloignés, Govindarāja, fut le maître de Somānanda. Le système Krama avait ses āgama, le Kramasadbhāva et la Kramasiddhi — cités chacun à quatre reprises par la Mahārthamañjarī — le Tantrarāja, ses sūtra, les Kramasūtra dont nous traduisons les deux courts passages qui demeurent ainsi que d'autres traités de maîtres inconnus : le Kramodaya (M. M. p. 30 et 87), le Pañcaśatika ou Devīpañcaśatika que l'on peut partiellement reconstituer — comme le Kramastotra — à partir des citations qu'en donne Jayaratha (T. A. IV). Abhinavagupta s'intéressa au système Krama et écrivit deux gloses au Kramastotra : le Kramakeli, dont seules quelques lignes sont préservées par la Mahārthamañjarī, et un chant en l'honneur des douze kālī, le Kramastotra, que nous possédons intégralement (édité par K. C. Pandey à la fin de son ' Abhinavagupta ' p. 948). Mentionnons enfin parmi les ouvrages concernant l'école Krama le Mahānaya prakāśa (éd. Trivandrum, 1937), le Mahānayapaddhati consacré au rituel (M. M. p. 112), le présent ouvrage et le Mahārthodaya de notre auteur, enfin les deux œuvres de son paramaguru, la Kramavāsanā et un commentaire au Nityāsodasikārnavatantra, la Rjuvimarśinī (p. 119, 178). Le système Krama admet pour Réalité ultime l'Ėnergie consciente conçue comme la déesse Vyomavāmeśvarī, Mātrsadbhāva, ou encore Bhāsā, Splendeur, le Tout hors duquel rien n'existe, à la fois Raudra et Raudreśvarī. Quand elle engendre l'univers en lui imprimant la vie, elle est appelée Kālī et quand elle le résorbe en elle-même, Kālasamkarsanī ' celle qui pressure le Temps ', pour le vider de son contenu : car sous l'influence du Bouddhisme, ce système accorde une grande importance au temps et à la manière de le surmonter. Ainsi centré autour de l'énergie universelle, le Krama porte à son plus haut degré les tendances dynamiques des divers systèmes śivaïtes… » (Pour de plus amples renseignements cf. La Mahārthamañjarī de Maheśvarānanda, Lilian Silburn, Institut de Civlisation Indienne, E. De Boccard, p. 19-20 et 16-19) |
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