Shiroi Kuren Ryu Taikyokuken à Ramatuelle. Do-in sur la presqu'île de Saint-Tropez. Katsugen-undo
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Les Nātha |
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« Les adeptes du Nātha-sampradāya, appartiennent à une lignée illustre de yogin et de siddha, dont les figures les plus marquantes sont Matsyendranātha et Goraksanātha, les vrais prophètes du Nāthisme, à côté de tant d'autres tels Amaranātha, Jālandaranātha… Nous ne pouvons leur attribuer une époque certaine. L'école des Nātha, même si elle fût fondée au début du VIIe siècle, ne devient réellement florissante, semble-t-il, qu'au environ du XVIIe siècle. Matsyendranätha serait, croit-on, à l’origine de la science du Hathayoga ; c’est lui aussi qui fonda la secte Kaula nommée Yoginikaula dont on ne sait strictement rien. Les Nätha sont des mystiques Sahaja qui revendiquent un contact immédiat avec l'absolu. Ils subirent sans contredit l'influence du Bouddhisme tantrique et du Sufisme. Vātūlanātha, outre son nom, présente certaines affinités avec ces philosophes : il prétend prendre comme eux la voie la plus courte pour atteindre la Réalité ultime. Ce qui pour lui est vacuité totale (śūnyatā) se présente à leurs yeux comme la voie du dénuement et de la simplicité de l’esprit et du cœur. En raison du rôle important que jouent les yogini dans ce traité, on se demande si Vātūlanātha n’appartenait pas à la secte Yoginikaula. L’Akulaviratantra (vers 43) divise les Kaula en deux groupes : les Krtaka, dualistes qui sont en faveur d’une activité dévote, et les Sahaja, partisans de la ‘nature innée’ et qui, en stricts monistes, soutiennent l'identité de l’adorateur et de l’adoré. Pourtant les listes de guru et de siddha qui placent Matsyendra à leur tête ne mentionnent jamais Vātūlanātha. Si nous ne savons de quelle autorité relèvent nos auteurs, nous pouvons affirmer cependant qu'ils se trouvaient au confluent de courants mystiques très variés qui s’entremêlaient au Kashmir entre le IXe et le XIVe siècle : Bouddhisme tantrique, Yogācara, Mādhyamika, école Trika et Pratyabhijñā, secte Kaula, Nāthisme et Yoginikaula (Le culte des kālī fut, semble-t-il, commun aux diverses écoles sivaïtes du Cachemire, Trika, Kaula et Krama…). Réalité ultime et monde des phénomènes… Vātūlanātha ne porte pas d'intérêt à l’explication d’un monde qu'il voit dans l'Unité. Pourtant on trouve l’ébauche d’une théorie des rapports de l’absolu et des phénomènes dans le septième sūtra qui précise que la Parole se manifeste dans ses divers aspects sans abandonner sa propre essence. La réalité dernière demeure donc immuable en dépit des modalités variées qu’elle peut assumer, en sorte que le jeu de la dualité se déploierait dans l’unité. En d’autres termes, la Lumière de la Conscience se révèle toujours à elle-même, rien ne la limite ni ne la différencie. Que le monde n’apparaisse pas en elle (akula), ou qu'il s’y manifeste (kula), ou qu'il semble projeté hors d’elle (étape de l’être transmigrant), la Conscience reste unique en son essence et n’est pas affectée par ce jeu. Pour Vātūlanātha il semble que la Conscience soit l'absolu même nommé anuttara et qui consisterait en l’union parfaite (mahāsāmarasya) de kula et d’akula, l'énergie immanente et l'Un transcendant ; mais en soi l’absolu ne serait ni kula ni akula dont il demeure pourtant la vie et la source car il est le Tout indivis. D'autre part, on peut penser qu'Anantasaktipāda, du fait qu'il emploie l’image de la paroi de la Conscience, partage la doctrine de l’école Trika selon laquelle tout ce qui existe n’est que l’expression de la Conscience, qui se manifeste comme la paroi servant de fond à l’expansion cosmique. Śiva est akula, transcendant, l'Un, et pure Lumière de la conscience (prakāsa) ; śakti, l'énergie, est kula, l'immanence et vimarsa, prise de conscience. La glose du quatrième sūtra nous fournit une classification de la réalité empirique appelée kulakaula. Kula, nous apprend Abhinavagupta, « est l’énergie suprême, la Conscience en sa nature authentique, qui tantôt se manifeste et tantôt se résorbe. Kaula, par contre, est ce qui procède de kula, à savoir tout le déploiement de l’énergie : les éléments subtils et grossiers, les corps, les organes, les mondes, etc., tout ce qui, en un mot, obéit à la loi de causalité ». (En kula, réceptacle du monde sensible fait de couleur, de son et autres qualités, Siva et son énergie demeurent indistincts. Kaula, l’énergie indifférenciée qui y réside est si profonde et si incommensurable qu’on la qualifie d’océan de la Conscience dont l’énergie créatrice est une simple vague.) « Lorsque l'Énergie (kula), cette expansion du Soi qui n’est autre que la roue des rayons du soleil bhairava, se repose dans la Conscience introvertie avec laquelle elle s’est identifiée, alors, à ce moment précis, l'énergie ne fait plus qu’un avec la jouissance du nectar de la suprême félicité par delà l’espace et le temps. Tel est l'absolu (anuttara) ininterrompu, existant à jamais. Après avoir stabilisé cette roue des rayons et avoir savouré ce merveilleux nectar, on demeure heureux en un éternel présent. » … à une pure luminosité (svaprakāsa) où à une parfaite sonorité (svaratā), dans laquelle le transcendant (anuttara) et l'immanent (kula) se confondent. Le terme anuttara est susceptible de deux interprétations : soit l’absolu au-delà de toute manifestation et qu'aucune lettre ne désigne, (avarna), soit l’Un transcendant (akula) que symbolise la lettre Ā, source de toutes les lettres de l’alphabet. Cet akula se révèle par kula, l'énergie divine ; en d’autres termes, l’A initial se dédouble, comme un reflet dans un miroir, pour former kula et akula et de l’union de ces deux Ā surgira Ā, la félicité, ānanda. Akula est l’Un, Śiva, la lumière éternelle et uniforme de la Conscience (prakāsa), tandis que kula est l’énergie de cette lumière, la prise de conscience de soi (vimarśa) qui d’ailleurs n’est pas distincte de l’Un. En se développant, la śakti engendre l’univers. » (Pour de plus amples renseignements cf. Vātūlanātha Sutra, Lilian Silburn, Institut de Civlisation Indienne, E. De Boccard, p. 5 et suivantes) |
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« Il y a… la tendance Kula, ou Kaula, qui se rattache… à une doctrine qui paraît sensiblement plus ancienne et dont l’origine est peut-être à chercher en Assam. Cette tendance est, tant par ses spéculations que par son rituel et ses pratiques, celle qui est le plus nettement tantrique — on y reviendra plus loin. (p.2) Mais quel qu’ait été le rôle exact des doctrines kaula dans l’œuvre d'Abhinavagupta, il reste certain et important que celui-ci était un initié tantrique. Sans doute cela n’apparaît-il guère dans les œuvres pour lesquelles il est resté le plus célèbre dans l'Inde et qui sont d'ordre esthétique ? — et cela n’est pas non plus au premier plan de ses traités les plus « philosophiques ». Mais il en est tout autrement dans ses œuvres tantriques. Celles-ci comprennent essentiellement le vaste Tantraloka auquel il faut sans cesse se reporter pour connaître sa doctrine, et son résumé, le Tantrasāra, ainsi que le Mālinivijayavārtika. S’y ajoutent quelques autres ouvrages, dont les deux commentaires qu’il a écrits sur la Parātriśikā : le Vivarana, ou Tattvaviveka, et la Laghuvrtti, ou Anuttaratattvavimarsinit. (p.6) … la perfection spirituelle sur laquelle la Déesse interroge Śiva y est désignée comme celle de kula : kaulikasiddhi (śl. 1 et 4) et que l'énergie s’y appelle kaulini et kulanāyika (śl. 2). De plus, parmi les huit yāmala tantra qui sont mentionnés dans les textes kaula comme faisant partie des tantra de cette école (cf. par exemple le Kulacūdamani Nigama, I, 16), se trouve le Rudrayāmala. On peut donc penser que la Parātrīśikā est un texte kaula admis également par le Trika et qu'Abhinavagupta, initié kaula, aurait commenté à la fois dans l’esprit du kulācāra et du Trika. (p.9) 225. Cette citation doit s’interpréter ainsi : pour l’adepte kaula, la cause des pouvoirs surnaturels et de la libération se trouve dans le germe de kula, c’est-à-dire dans le mantra SAUH, qui est hors du temps, d’où l’absence de toute limitation temporelle dans son utilisation. Pour l’agriculture, au contraire, ou dans le rituel de la vie domestique, la cause du succès se trouve dans l’accomplissement des actes au moment opportun, ou au temps prescrit par les śāstra. (N.B. : dans le texte, il faut lire kālam, et non pas kaulam, qui est une erreur.) Mais le texte même et son interprétation me restent incertains. (p.107) 284. « Donc, écrit Abhinavagupta dans le P.T.v. (p. 258), la parfaite connaissance de ce [germe du Cœur] est sans nul doute l'initiation qui mène au nirväna. C’est ce que disent [les Spandakārikā :] « c’est là l'obtention de l’immortalité, c’est la réalisation du Soi, c’est l'initiation menant au nirvana et qui donne la véritable condition de Śiva ; d’autres initiations peuvent procurer des Jouissances, mais seule la connaissance parfaite de ce [bījamantra] est la véritable initiation et c’est de là que vient la supériorité du Trika sur tous [les autres systèmes], c’est à cause de cela qu’il est supérieur au système kula, etc. » (On notera que dans ce passage, comme en d’autres du P.T.v., Abhinavagupta paraît distinguer le Trika du Kulaśāstra et le placer plus haut : le P.T.v. pourrait donc ne pas être à tous égards un texte proprement kaula ; mais cf. supra, introduction, p. 9, note 1. (p.115) » (Pour de plus amples renseignements cf. La Parātrīśikālaghuvr̥tti de Abhinavagupta, André Padoux, Institut de Civlisation Indienne, E. De Boccard, p. 2 et suivantes) |
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