Shiroi Kuren Ryu Taikyokuken à Ramatuelle. Do-in sur la presqu'île de Saint-Tropez. Katsugen-undo
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Les Nātha |
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« Goraksa considère les livres sacrés comme une vibration (parispanda) qui jaillit du cœur. Le Trika, pris au sens étroit, désigne la branche Spanda… Au sens large, le système Trika exposé par la Parātrimśikā se scinde en deux écoles : Kula et Krama. Abhinavagupta témoigne une prédilection marquée pour le système Kaula, aspect du Kula qui accorde la primauté à l'énergie (śakti). Il développe ce système dans ses commentaires à la Parātrimśikā et dans certaines portions de Tantrāloka (Ch. III, II. 75 ; I. 48. Ch. XIII. XXVIII śl. 166-167 et ch. XXIX śl. 29 sqq. sur les pratiques Kaula ; et tout au long du Tantrāloka). Système Kula Originaire d'Assam (Kāmarūpa), cette école remonte à Ardha Tryambaka qui vivait probablement à la fin du IVe siècle de notre ère. C'est au IXe siècle qu'un de ses āgama, le Vāmakeśvara, fut introduit au Kaśmīr par Iśvaraśiva et Śankararāśi qui commentèrent ce tantra et que l'on considère comme les avatāraka, propagateurs du système Kula (Comm. du Vāmakeśvarimata 48), de même que Śivānandanātha fut celui du système Krama. Au Xe siècle un maître de l'école Kula, Śambhunātha, l'enseigna à Abhinavagupta ; de Śambhunātha nous savons peu de choses : il était le meilleur disciple de Sumati, avait pour dūtī Bhagavatī et écrivit le Tantrasadbhāvaśāsana. Parmi les textes les plus notoires de cette école signalons : le Siddhayogiśvarīmata et le Rudrayāmalatantra ; du premier ne demeure qu'un sommaire important, le Mālinīvijayatantra ou Śrīpūrva, et du second la partie finale Parātrimśikā dont nous possédons deux commentaires d'Abhinavagupta : un vivarana et la Laghuvrtti. Outre ces deux Tantra, Maheśvarānanda cite d'autres textes de cette école, presque tous disparus : le Triśirobhairava, la Ratnamālā, le Kālīkula, le Kulagahvara, le Kulamūlāvatāra, la Rjuvimarśinī, glose du Nityāsodaśikārnāvatantra, portion du Vāmakeśvaratantra partiellement publié, et dont une dernière partie forme le Yoginīhrdaya, enfin le Kulakamala. Le Kuladarśana exerça une influence si profonde sur les autres systèmes śivaïtes du Kaśmīr qu'il est malaisé d'en dégager les traits caractéristiques ; notons néanmoins ses tendances mystiques (le Krama semble plus religieux et ritualiste, la Pratyabhijñā plus métaphysique) prononcées, l'importance accordée à la grâce ainsi qu'au maître spirituel ; celui-ci libéré de tout lien, identique à Bhairava et qui confère la grâce au disciple d'un seul coup d'œil, l'amène au même niveau que le sien, faisant de lui un jīvanmukta. Ce système insiste donc sur la lignée des maîtres et de leurs femmes dont les noms étaient conservés dans des traités comme le Kālīkula et le Pañcaśatika (cf. T. A. III. 53-54, XXVIII 166-167 et M. M. p. 86). La femme du maître joue un certain rôle dans l'instruction du disciple. |
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Le terme Kula désigne la Réalité ultime qui contient en elle-même Śiva et śakti ou anuttara et anuttarī dont l'union engendre la lélicité. Tandis que le Trika met l'accent sur la non-dualité (advaita) de la Conscience, le Kula insiste sur son infinité et sa liberté (svātantrya) : en cet infini qui n'exclut rien, trouvent place les points de vue les plus opposés, dualisme et non-dualisme étant à titre égal considérés comme un jeu de Śiva qui s'amuse à voiler son essence ou à la révéler. La liberté — celle du Je — réside dans la prise de conscience du Je en toute son efficience grâce à l'intuition indicible de la formule A-H-AM (Ahamparāmarśa et mantravīrya. cf. dans La Mahārthamañjarī p. 27 et p. 29) ; l'efficience et la liberté se présentent ainsi comme les traits essentiels du système Kula. Pour atteindre la liberté ou l'union indissoluble — le rudrayāmala de Śiva et de l'énergie — cette école préconise la voie directe de Śiva (Le śāmbhavopāya) qui découvre la liberté ultime dans l'acte de volonté : hardiesse du vīra, audace de génie par delà tous les interdits ; le héros intrépide, sans rien renier, s'unit à Śiva dans la félicité et par elle, d'où l'importance accordée aux pratiques kaula et au jīvan mukta entendu au sens d'être libre qui, en cette vie même, a pris conscience de sa liberté totale. Dans la dernière partie de la Mahārthamañjarī, Goraksa fait de fréquentes allusions au système Kula, reconnaissant que sa propre doctrine a pour base la tradition Kaulija (p. 195) qui, d'après le Kālīkula, est présent dans tous les Tantra comme le parfum dans la fleur ou le nectar dans l'eau (p. 177). Il admet aussi la supériorité du Kula sur toutes les autres écoles, suivant en cela Abhinavagupta qui fixe la hiérarchie des écoles d'après la grâce dont elles bénéficient : partant du dualisme Siddhānta, il atteint le monisme Trika mais va, par-delà encore, jusqu'au système ultime, celui du Cœur, Hrdaya, essence même du Trika que développent l'Īśvarapratyabhijñākārikā et la Parātrimśikā (T. A. XIII. 294-301) : « Le domaine du cœur — celui de Paramaśiva qui renferme tout en lui-même — est spontanément réalisé par l'homme sur lequel tombe la grâce du Seigneur, l'effort personnel ne jouant ici aucun rôle (I. P. v. vol. I. p. 7, L 14) ». Si le Trika accepte les initiations externes parallèlement à l'initiation interne, il rejette, comme la Pratyabhijñā, tout cérémonial sexuel. Le Krama fait place aux initiations et au culte externe en vue de préparer l'adepte au culte interne. Il accorde aussi une grande importance aux pratiques sexuelles. Le Kula insiste sur les pratiques ésotériques dites 'kaula', rite d'union sexuelle associée à l'ascension de la kundalinī (kulayāga). En ce qui concerne le culte externe, il l'interdit à ceux qui cherchent à atteindre la Conscience indifférenciée par la voie de l'énergie, et qui seraient en danger de retomber dans la dualité au sortir du nirvikalpasamādhi. Par contre, il ne le défend pas aux débutants de la voie inférieure qui peuvent en tirer quelque profit. Quant aux adeptes de la voie de Śiva qui jouissent sans interruption du samādhi indifférencié et perçoivent toute chose dans le miroir de la Conscience, ils peuvent à leur grè accomplir ou non les rites, puisque pour eux plus rien n'importe. » (Pour de plus amples renseignements cf. La Mahārthamañjarī de Maheśvarānanda, Lilian Silburn, Institut de Civlisation Indienne, E. De Boccard, p. 14 et suivantes) |
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