Shiroi Kuren Ryu Taikyokuken à Ramatuelle. Do-in sur la presqu'île de Saint-Tropez. Katsugen-undo
Les Nātha



« Matsyendranātha ou Macchandanātha est le fondateur de l'école Kaula, celle des Nātha, il révéla les textes sacrés de cette école mystique.
Abhinavagupta commence son Tantrāloka en saluant ce grand « pêcheur » qui détruisit le filet de l'illusion :
« Que me soit propice, dit-il, Macchandanātha qui a déchiré le filet rougeoyant fait de nœuds et de trous, ensemble de pièces et de morceaux qui se déploie et s'étend en tous lieux. » (I.7.)
Matsyendra rénova la branche des Yoginikaula et prêcha sa doctrine en Assam. Est-ce lui l'auteur du Kaulajñānanirnaya, des caryā et des dohā du culte Sahajiya ? Est-ce lui, Minanātha, l'auteur du Yogavisaya ?
On ne peut lui assigner de date certaine, peut-être a-t-il vécu entre le VIIIe et le Xe siècle.

Goraksanātha est le disciple de Matsyendranātha, il fut très vénéré dans l'Inde du Nord en tant qu'être accompli (siddha). Il écrivit le Siddhasiddhāntapaddhati, l'Amaraughaprabodha, « Éveil révélateur de l'immortalité ». Nous n'hésitons pas à lui attribuer aussi l'Amaraughasāsana, « Flot immortel » qui préserve de la mort et qui permet de conquérir le temps. Par lui le yogin prend conscience de la non-dualité et atteint rapidement l'efficience nommée précisément amaraughasiddhi.

Les Nātha. Comme ils se désignent eux-même du nom de sivagotra, les Nātha sont des śivaïtes (shivaïtes). Pour eux, Śiva, pure Conscience jouit de la quiétude et de l'éternité, tandis que sakti, son énergie, est la source du changement ainsi que de l'expérience variée qui s'y rattache.
Les Nātha visent à se libérer durant la vie. Les mesures prises en ce but sont simples. Ils ne préconisent ni les pratiques religieuses extérieures ni la connaissance des traités. Ils insistent uniquement sur une voie directe aussi brève que possible, celle que découvre le mystique en lui-même et jusque dans son propre corps, lieu privilégié de l'expérience, que celle-ci concerne la divinité, l'énergie ou l'univers.
A cette fin les Nātha recourent à un seul moyen : l'intuition et le sahajasamādhi, l'absorption spontanée. On les appelle en conséquence « Sahajiya » adeptes de la spontanéité. Ils se caractérisent par la simplicité du cœur et de l'esprit. Grâce au sahajasamādhi la pensée s'absorbe dans la félicité, l'impression erronée d'objectivité et de dualité s'estompe et finalement disparaît.
Lorsqu'un tel samādhi se répand dans toutes les activités journalières, le yogin, quelles que soient les circonstances, n'éprouve qu'une seule et même saveur (samarasa) qui imprègne l'univers entier.
C'est pourquoi il est nécessaire de sanctifier, de transfigurer le corps, car il faut un corps pur, subtil et adamantin pour obtenir des pouvoirs surnaturels. Mais, ici encore, point n'est besoin de pratiques ardues de hathayoga. Le contrôle du souffle s'obtient par la kumbhakamudrā en faisant pénétrer les souffles dans la voie susumnā grâce à la friction unifiante des souffles ascendant et descendant qui ne s'exercent plus dans la dualité : cette pratique s'effectue sans effort ; la pensée étant devenue stable, les sens le deviennent également. Quant au contrôle sexuel il dépend de l'énonciation intérieure (ajapājapa) ; en effet dès que tout a fondu dans la voie médiane le yogin entend intérieurement une sonorité spontanée (anāhatanāda) et, s'il demeure vigilant à son égard, la kundalini s'éveille puis s'élance jusqu'au centre supérieur où elle s'unit à Śiva.
Ainsi atteint-il de façon aisée, naturelle, innée (sahaja) l'énergie unmanī qui transcende la pensée, et devient-il un homme libre « sans attache », un avadhūta.
Mais pour obtenir cet état, un guru appartenant à la lignée des siddha est indispensable : il doit être vénéré à l'égal de Śiva. C'est lui qui effectue chez le disciple, et sans effort de sa part, la tenue du souffle (kumbhaka), l'absorption de la pensée et l'éveil de la kundalinī.
De telles pratiques devant demeurer secrètes, les Nātha utilisent un language dit « intentionnel » qui, uniquement fait de suggestions, n'a de sens que pour un véritable disciple initié. En conséquence les textes sont à l'ordinaire très brefs, volontairement hermétiques et d'accès ardu. »
(Pour de plus amples renseignements cf. La Kundalini, L'énergie des profondeurs, Lilian Silburn, Les Deux Océans, p. 145 et suivantes)





« Mīnānātha, est en général identifié à Matsyendranātha, le premier des siddha, le fondateur de la voie Kaula (Kaula-mārga), on attribue à Mīnānātha le Yoga-Visaya (le domaine du Yoga) un texte des Nātha (Nātha-sampradāya). Mais parfois comme dans liste des siddha fournie par la Hatha-yoga-pradīpikā (I,5), Mīnānātha est considéré comme un autre siddha, distinct de Matsyendra, bien que leur nom : « Seigneur (indra ou nātha) du Poisson (matsya ou mīna) » ait la même signification, l'interprétation courante étant que le poisson est l'esprit, sans cesse mobile et insaisissable, et que « le Seigneur du Poisson » est le yogin qui a totalement maîtrisé son esprit. Matsyendra est l'Adi-guru, le premier guru des Nātha-yogin, et un très grand nombre de mythes et légendes se sont rassemblés autour de son nom. Le plus fréquent de ces mythes relate que Matsyendra était un poisson rusé qui, caché sous les eaux, entendit l'enseignement secret que dans la solitude d'une île déserte, Śiva dispense éternellement à Pārvatī. Par la grâce de cet enseignement divin, il se dépouilla de sa forme de poisson et devin un siddha, un yogin parfait. Le symbolisme est évident.
Jayarata, interprète Matsyendra (maccham-da), comme signifiant celui qui déchire le filet de l'existence conditionnée, celui qui tranche le nœud gordien de toutes les limitations, c'est-à-dire celui qui stoppe toutes les activités mentales.
Le passage de Matsyendra d'un mode d'être instable et changeant (le poisson) à une immutabilité parfaite et lumineuse (la libération, la siddhi) explique aussi les légendes qui le représentent comme un enfant émergeant de la gueule d'un poisson, l'aspect de deuxième naissance par l'initiation yoguique étant accentué. L'aspect de conquête, de maîtrise volontaire par le yoga est davantage mis en relief par les versions du mythe qui représentent Matsyendra comme un « tueur de poisson » Macchaghna. Tuer, immobiliser, maîtriser étant des termes synonymes dans le language hermétique yogique, et l'esprit, si vif et agile qu'il est extrèmement difficile à capturer, étant couramment symbolisé par un poisson, faire de Matsyendra un poissonnier, un pêcheur, ou un dépeceur de poisson ne se réfère pas à son origine sociale mais à son activité yoguique de mano-nāsa, « mise à mort de l'esprit » ; le Kaula-jñānanirnaya, œuvre attribuée à Matsyendranātha, l'indique sans doute possible puisqu'il affirme que Matsyendra, bien qu'originellemnt de caste brahmane, vint à être Matsyaghna, « tueur de poisson », parce qu'il se conduisit comme un pêcheur dans l'Île de la Lune (cāndra-dvīpa) en tuant un gros poisson et en découvrant dans le ventre de ce poisson le texte contenant la connaissance sacrée, puis en sauvant à nouveau cette connaissance en tuant le poisson qui avait une fois de plus avalé le texte sacré. L'action mythique « d'ouvrir le ventre du poisson » de lui dégorger le trésor qu'il a englouti, suggère la nécessité de plonger la lame aiguisée de la concentration jusque dans les profondeurs de soi-même, parce que la conscience suprême est présente à l'intérieur même de l'enveloppe psycho-physique. Déchirer ces voiles qui dissimulent la vérité enfouie, c'est neutraliser les mano-vrtti, arrêter l'agitation mentale incessante, le fonctionnement continuel de l'esprit qui empêche la prise de conscience de notre Essence éternellement parfaite. Cet accomplissement yoguique est ce qu'on appelle « pourfendre le poisson », et trouver la science sacrée dans son ventre.
Matsyendranātha, qu'il soit considéré comme un siddha ou un bodhisattva, est révéré non seulement par les Hindous sivaïtes, mais aussi par les Népalais et les Tibétains. De nombreuses chroniques (vamśāvalī) en Népali ou en Néwari racontent différentes versions de la venue de Matsyendranātha dans la vallée du Népal. Tous les récits s'accordent à attribuer cette visite de Matsyendra aux bons offices d'un roi nommé Narendradeva en 657 ap. J.-C. »
(Pour de plus amples renseignements cf. Corps Sutil et Corps Causal, Les Six Cakra et Le Kundalini Yoga, Tara Michaël, Le Courrier du Livre, p. 41 et suivantes)


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