Shiroi Kuren Ryu Taikyokuken à Ramatuelle. Do-in sur la presqu'île de Saint-Tropez. Katsugen-undo
|
|
Les Nātha |
|
« Les légendes concernant Matsyendranātha semblent avoir été réparties, dans la tradition tibétaine, entre deux siddha, Lūyipāda (ou Luipā) et Mīna (ou Mīnanātha), qui seraient un dédoublement de la même figure. En effet les versions du mythe relatives à Mīna sont étrangement proches des versions brahmaniques concernant Matsyendra. Concernant le mythe relatif à Luipā, on remarque l'association de Luipā avec le Bengale, spécialement avec la région du Bengale où coule le Gange. Cette région, dans la géographie sacrée de l'Inde correspond au Mūlādhāra-cakra dans le corps humain. Luipā, à la suite de son initiation, va résolument au Bengale comme le yogin archétipal commence par ce concentrer sur le Mūlādhāra. Et quand il découvre, sur la rive du Gange, « l'amoncellement d'entrailles de poisson » c'est-à-dire l'accumulation de vrtti et samskāra qui constitue l'intérieur, « les entrailles » de son propre esprit, il demeure là à méditer pendant douze ans jusqu'à ce qu'il ait opéré la purification complète. L'idée de nourriture repoussante est là pour insister qu'il faut descendre jusque dans les profondeurs de soi-même et procéder à un nettoyage complet, ne laissant aucun résidu. C'est sans doute cet aspect du mythe qui a frappé les imaginations, et donné lieu à des versions dont « la morale » est qu'un yogin ne doit reculer devant rien. Il est certain que le yogin, visant à l'équanimité parfaite, et cherchant à perdre toute identité sociale et toute notion d'individualité séparé, doit transcander la dualité du pur et de l'impur, qui représente la forme la plus subtile, la dernière à être abandonnée, de l'attraction (rāga) et de la répulsion (dveśa). Il doit envisager tout phénomène, aussi bien dans son propre esprit et son propre corps que dans le monde extérieur, de manière complètement impersonnelle, impartiale, avec la conscience-témoin (sāksin) qui perçoit mais ne juge pas, parce qu'elle n'est aucunement engagée, ni attirée ni affectée. Si cette attitude s'applique à son propre esprit, et à tout ce que le yogin a « dans le ventre », elle doit s'appliquer à plus forte raison au domaine extérieur et se manifester par une liberté vis-à-vis de la hiérarchie des castes, et par rapport aux habitudes alimentaires et aux comportements qui définissent la position d'un individu dans cette hiérarchie. L'attitude vis-à-vis des règles de caste est l'illustration la plus facile et la plus frappante d'une attitude intérieure. Transcendant le pur et l'impur, le yogin réintègre ce qui est le plus bas, le plus vil, en lui-même et au-dehors, et assume la totalité du cosmos avant de la résorber. Revenons au mythe relatif à Mīna ; à en croire Tārānātha : « Mīna était un pêcheur à l'Est de l'Inde, à Kāmārūpa. Comme ce pêcheur était en profonde contemplation, il avait jeté sa ligne et tira à lui le fil portant le hameçon, mais le poisson l'attira jusqu'à l'intérieur de lui-même et l'avala. Comme il était en train de méditer profondément sur la puissance du karman, il ne mourut pas. Là où la rivière Rohita, qui est aujourd'hui appelé gTsan-po en Tibétain, atteint le pays de Kāmārūpa, il y a une petite montagne appelée Umāgiri, où le Seigneur des deva (Deveśvara) transmettait avec zèle les instructions spirituelles (upadeśa) à la déesse riche en pouvoir ascétique Umā. Le poisson nagea dans les eaux jusqu'à cet endroit. Le pêcheur, présent dans le ventre du poisson, entendit l'enseignement, médita sur celui-ci et en bénéficia immensément. Lorsqu'un pêcheur à nouveau attrapa le poisson et le tua, un homme s'y trouvait... » Ce texte montre clairement que « pêcher », « lancer sa ligne », se réfère à l'activité méditatrice, et que le « poisson », qui est l'esprit (citta ou manas) peut être beaucoup plus fort, bien plus puissant que le méditant lui-même, et qu'il peut entraîner et engloutir le novice qui s'essaye à le capturer, à s'en rendre maître. L'idée que l'esprit est très fort, fort comme le vent, fort comme la tempête, fort comme un tigre ou un éléphant sauvage, est commune dans toute la littérature yoguique. Ici l'esprit est judiceusement comparé à un poisson impétueux, à un monstre des eaux profondes. La ligne que lance le pêcheur est l'attention que le méditant dirige sur un objet, le hameçon est le pouvoir de pénétration de cette attention, l'ekagratā ou propriété qu'à l'attention de se constituer en une fine pointe, qui accroche l'objet médité, qui a prise sur lui. Mais de même qu'il y a petit et gros poisson, que taquiner le goujon et harponner la baleine sont deux entreprises bien différentes, il y a toutes sortes de dhāranā, à la mesure des ressources et des capacités du méditant. Mais dès que la prise devient grosse, il y a danger que le combat ne soit pas égal, lorsque croît l'importance, l'envergure, le dynamisme de la réalité qui est la cible de la méditation. Et quand monte des profondeurs pour s'enferrer sur votre ligne la plus forte créature à laquelle on puisse se mesurer, la nature même de son propre esprit, il y a de quoi désiquilibre le méditant, et lui faire perdre cette stabilité illusoire, le faire tomber de cette terre ferme, de cette rive où il se croyait bien palnté et bien assuré. Le manas qui habituellement cache son libre mouvement sous les eaux, vadrouille sans entraves - ébats puissant mais inaperçus, car il règne en maître dans tout son domaine aquatique, et lui seul en connaît les courants, les tourbillons et les remous, les luxuriances et les déserts - s'il lui arrive d'être « attrapé » par l'homme malin qui a repéré sa présence, commence par faire quitter à celui-ci la surface où il se tenait. Il l'entraîne dans les profondeurs, il l'engloutit dans ses entrailles. Et lui fait faire un voyage, qui bien qu'il semble à première vue une descente aux enfers, une mort à ce moi pour lequel l'homme se prenait auparavant, s'avère finalement une pérégrination initiatique, un ensevelissement dans le ventre par où il faut passer pour obtenir .la deuxième naissance, .la naissance à l'immortalité. . Comme Jonas dans le ventre de la baleine, |
|
Minanātha avalé par son poisson ne meurt pas, mais sa méditation continue plus intense que jamais. Et c'est l'esprit lui-même, lui qui apparaissait comme un monstre engloutisseur, destructeur, qui conduit le yogin persévérant, le yogin méditant cesse, jusqu'au lieu où est dispensé éternellement l'enseignement divin. C'est le poisson qui, sans doute remontant le courant, nage jusqu'au pied de la montagne. Le manas, qui est la cause de la perpétuation du samsāra, devient la cause de la Libération. C'est lui qui, pour celui qui pénètre en ses profondeurs et le connaît de l'intérieur, le plus intimement possible, en coïncidence avec son cœur, se transforme en initiateur et en guide, conduit jusqu'au siège de la Vérité libératrice et en permt l'écoute. La Connaissance est continuellement révélée par le Dieu des Dieux, Śiva, à son épouse Umā, le Trantra est l'objet d'une énonciation constante. Le tout est de s'approcher du lieu de cet enseignement secret. Ce lieu est en soi-même, et surtout il n'est accessible qu'à celui pour qui son esprit est devenu un véhicule (vāhana), un vaisseau, un instrument parfait. L'audition et la compréhension de l'enseignement suprème provoque la perception directe de la Réalité ultime (sāksātkāra), dans laquelle le rôle instrumental et médiateur de l'esprit s'achève. Cette « réalisation » opère le déchirement de tous les voiles, elle fend le ventre du poisson, qui cesse de « contenir » l'homme, d'être pour lui une enveloppe, un revêtement (kośa), une condition limitatrice de la conscience. Bien sûr, « le pêcheur qui à nouveau attrapa le poisson et le tua », c'est le même pêcheur qui était à l'intérieur du ventre et non pas un autre homme. Car ayant « immensément bénéficié » de la révélation suprême suprême, il n'y a plus eu pour lui ni intérieur ni extérieur, sa conscience a atteint l'infinité, et il est devenu capable « tuer le poisson », de mettre fin à la détermination mentale, de se dégager de l'enveloppe psychique. Ayant fendu le ventre du poisson, ayant tranché toute forme d'enserrement, d'insération et de limitation, même extrêment subtile, il s'est trouvé lui-même, l'homme, le Purusa, le Soi. Dans le Yogavisaya, l'auteur Mīnanātha appelé dans le colophon Matsyendranātha, affirme avoir reçu l'enseignement suprème de Śiva, qui est appelé Adinātha, « le Maître primordial », et Akula, « le Sans lignage », puisqu'il est lui-même à l'origine de tout lignage, de toute ligne de transmission spirituelle, la source de toute généalogie de maîtres. Minanātha s'y proclame le fils spirituel d'Umā (Pārvati) et de Śankara (Śiva). Nous n'avons pas pu identifier le nom du lieu assigné à cette révélation du yoga à Matsyendra : Kejāpūpina. Le texte du Yogavisaya a été édité par Kalyani Mallik dans son livre : Siddha-Siddhānta-paddhati and other works of the Nātha-yogīs. On remarquera dans ce texte l'association des cinq prāna majeurs avec le pouvoir d'action (kriyā-sakti) et des cinq prāna mineurs avec le pouvoir de compréhension (buddhi-sakti). Cette correspondance semble un trait original. L'enseignement concernant les trois lettres du pranava, les trois « nœuds », les trois divinités, et les trois régions corporelles (bas du corps ou ventre, cœur, et milieu des sourcils) est classique. Seuls les vers 20 et 23, 31, et 32 contiennent quelques termes en language hermétique. Les vers 25 à 27 définissent l'adoration intériorisée propre au Yoga, où la lampe allumée est celle de la Connaissance, où les diagrammes symboliques (mandala) qui servent de support à l'adoration des divinités sont constitués par les cakra, et où l'immersion de tous les cakra par le nectar qui s'écoule du Sahasrāra dans l'expérience suprême tient lieu d'aspersion rituelle propitiant toutes les divinités présentes dans le corps. Dans cette adoration de type yogique, l'abhiseka que l'on offre au seigneur est un bain « d'ambroisie lunaire », c'est-à-dire de ce nectar qui s'écoule du Somacakra dans la tête jusque dans les centres inférieurs, et dont certaines pratiques comme la Khecarī-mudrā provoque un ruissellement, ce nectar qui baigne tout le corps lorsque Kundalinī rejoint son époux et s'unit à lui dans le Lotus aux mille pétales. La fleur que l'on offre pour célébrer le pūjā n'est autre que son propre esprit, et le Seigneur, le Suprême Śiva, n'est pas une divinité distincte de soi mais se révèle être la nature essentielle de soi-même, l'ātman. C'est pourquoi, si « Hamsa », le cygne, l'oiseau migrateur, est le mot sanscrit à valeur de mantra qui désigne Śiva, Conscience omniprésente et inconditionnée, en tant que « résidant dans le corps des êtres animés », en tant que jīvātman, la parole inverse, . « So'ham » . (« Je suis lui »), réunifie l'être individuel à l'Être suprême, et cette identité doit être réalisée à chaque respiration, car l'expir divin qui manifeste le monde doit être suivi d'un inspir du yogin qui le résorbe en Dieu. La conscience de l'identité, exprimé par le mantra « So'ham », est « le nœud qui opère l'union complète de prāna et d'apāna », autrement dit, ce qui permet au jīvātman de se dépouiller de sa « jīva-ïté » et de découvrir sa « Śivaïté », en le faisant échapper à la tension des opposés, au tiraillement perpétuel entre prāna et apāna », à l'alternance inspir-expir, énergie ascendante - énergie descendante, au rebondissement sans fin de la vie à la mort et de la mort à la vie, qui constituent le rythme même du samsāra. » (Pour de plus amples renseignements cf. Corps Sutil et Corps Causal, Les Six Cakra et Le Kundalini Yoga, Tara Michaël, Le Courrier du Livre, p. 41 et suivantes) |
|
retour . | . h1.n . | . ShiroiKuren . | . Les Nātha . | . Nāthisme . | . Kula |
|